Naissances du Monde

mardi 30 octobre 2018

Jumelles

Source: Externe

Elle a 15 ans. Et elle attend un enfant.

Elle a 15 ans et sa mère attend son 11ème enfant. Elle est la 3ème ou 4ème de sa fratrie. Sa mère ne saurait pas dire le mois exact où cette fille-là est née, ni même une estimation de son poids de naissance « quelque chose entre 2 et 4 kgs ».

Elles seront à terme à peu près en même temps. Sauf que pour une fois, c'est sur sa fille que nos regards se portent.

 

Elle aurait aimé se rapprocher de sa mère avec cette grossesse. Elle aurait aimé partager ses impressions et ses peurs avec elle.

 

Cette jeune femme a un petit-ami en or, qui la soutient, il est un peu plus âgé et veut construire son couple et sa famille avec elle. Les services sociaux ont donné leur accord et elle pourra vivre avec son compagnon et leur futur enfant après l'accouchement.

Elle est inscrite dans une formation de secrétariat et vient d’arrêter les cours. Ses examens sont dans 1 mois et elle continue de lire les cours envoyés par ses camarades. Son bébé n'aura que quelques semaines quand elle passera ses partiels qu'elle compte bien réussir. Son copain lui rappelle que ses études sont aussi importantes que les siennes et qu'il a toute confiance dans son succès.

 

Quand elle arrive à la maternité pour accoucher, une autre personne, enceinte, l'accompagne.

Après les examens d'usage, je demande seule à seule à cette jeune femme si elle veut que quelqu'un l'accompagne pour le travail. « Mon copain. De toute façon, je crois que ma mère est déjà partie. »

 

Les sièges sont vides.

Sa mère n'a pas attendu l'annonce de la naissance imminente de sa première petite-fille.

 

Elle accouchera avec une force extraordinaire, son copain l'encourageant à ses cotés. Et 4 jours plus tard, ils repartiront à 3 le sourire aux lèvres.

 

 

C'est cadeau.

Inutile de me remercier pour cette pépite musicale.

Colonel Reyel - Aurélie (Clip officiel)


samedi 20 octobre 2018

Théorie et pratique

Souvenir de la PACES en 2011, schéma anatomique fait par moi-même

Premier jour après la naissance, elle met son bébé au sein régulièrement mais c'est son premier enfant et ça lui paraît difficile d'y arriver seule. L'équipe vient souvent la voir pour l'aider à bien placer son enfant et à vérifier qu'il a une bonne succion.

Et puis, elle fait part de ses doutes, elle aimerait mettre un bout de sein de contact en place pour l'aider. L'équipe lui recommande d'attendre un peu, cela fait tout juste 24h qu'elle a accouché.

Son conjoint lui achète quand même un bout de sein.

L'allaitement est quand même compliqué à mettre en place lorsque le couple se retrouve seuls avec leur nouveau-né. On réessaie tous ensemble, la maman commence à perdre patience, son bébé aussi.

Et la nuit arrive, elle appelle : elle voudrait un biberon. Son bébé n'arrête pas de pleurer, elle se sent fatiguée, ses seins lui font mal et elle trouve qu'il n'y a rien qui sort. Elle trouve bébé de plus en plus agacé et affamé, elle veut un biberon pour le caler et un peu dormir.

On lui propose de l'aider à le remettre au sein mais elle demande un complément de lait artificiel. On lui donne 10 ml de lait par une petite seringue. Les parents voient leur enfant engloutir la seringue et sont plutôt contents.

Ils redemandent un biberon en plus pour la fin de la nuit, on leur dit de nous appeler quand il aura à nouveau faim.

Ce qu'ils font, en redemandant directement une seringue de lait.

Le matin, les équipes changent, on se transmet mutuellement que l'allaitement est à accompagner pour cette patiente.

Au moment du tour dans la matinée, à la question « Et comment ça se passe au niveau de l'allaitement ? », la patiente dit qu'elle et son conjoint ont décidé de passer au biberon. On s'assure qu'ils soient sûrs de leur décision et on leur ramène 4 biberons pour la journée.

 

Plus tard, ils diront qu'ils ont été soulagés qu'on est arrêté d'insister sur l'allaitement. Que la pression familiale pour allaiter était déjà énorme. Et que la pression personnelle sur « comment être de bons parents » l'est encore plus.

 

 

Ceci n'est pas une propagande pour le lait artificiel, simplement un constat : parfois, l'allaitement ne convient pas. Et ce n'est pas grave.

vendredi 19 octobre 2018

Dans les couloirs de maternité

Source: Externe

  • 51 cms ! Elle mesure 51 cms, elle est immense !

  • Oui allô maman ? Oui elle est née, elle mesure 51 cms ! Oui oui elle va bien et 51 cms t'as vu comme elle est grande !

  • Coucou, ça y est ta filleule a accouché ! 3 kgs 200 et 51 cms, CINQUANTE ET UN CENTIMETRES ! C'est une future mannequin !

  • Roh mais tu te rends compte chérie ?! 51 cms quand même !

  • Allô mon chéri ? Oui c'est maman ! Oui elle a accouché ! Oui tout le monde va bien ! Et on t'a dit combien elle mesure ? Attends, attends, tu vas halluciner... ! 51 cms !

  • 51 cms... C'est quand même plus d'un demi mètre, c'est beaucoup ! Et vous allez la remesurer pendant les 3 jours pour voir si elle a grandi ?

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vendredi 14 septembre 2018

Tourbillon

Le tourbillon de la vie - Jeanne Moreau et Vanessa Paradis

C'est leur deuxième enfant. Ils arrivent en pleine nuit, elle a rompue la poche des eaux et commence légèrement à avoir des contractions régulières. C'est le tout début du travail. Les contractions se rapprochent et deviennent de plus en plus intenses.

 

Elle a une péridurale et profite de quelques instants de sommeil avant ce que Monsieur appelle « la phase finale ». Depuis leur arrivée, celui-ci a du mal à ouvrir l’œil, il est recroquevillé sur le fauteuil la tête dans ses genoux.

Quand l'accouchement va bientôt commencer, la femme le réveille pour le prévenir.

« Ah non mais je ne dormais pas ! »

 

Et avant que je ne sorte de la pièce, il s'asperge le visage d'eau froide en répétant « Allez allez allez, c'est parti ! Allez, c'est là où je sers à quelque chose ! C'est parti, prépare-toi chérie, j'espère que t'es bien réveillée ! »

La femme me regarde, hausse les épaules et me dit « Hé ben, on ne dirait pas que ça fait 30 secondes qu'il est debout ! »

En installant la patiente pour l'accouchement, il va d'un coté puis de l'autre de la pièce, prend son brumisateur puis le repose. Prend son portable puis le remet dans le sac. Prend son appareil photo puis se retourne en marmonnant qu'il prendra des photos après. Il se tourne et se retourne vers sa femme en lui caressant la joue. Il boit un petit peu d'eau, refait le tour du lit, fait tourner le tabouret puis le met le plus haut possible. Il ré-attache sa blouse verte puis finalement desserre le cordon autour de sa taille. Il tient la main de sa femme puis retourne au robinet se laver les mains. Il s'installe devant le monitoring puis s'excuse d'être devant l'écran. Il est 5h30 du matin, ça me donne le tournis.

La mère pousse très bien, leur bébé avance rapidement. A la sortie de la tête, le cordon est très serré autour du cou, je dis au monsieur que je suis obligée de le couper. « Oh mais faites ce qu'il faut ! Je, je , je... De toute façon j'avais pas envie de couper ce truc ! Chérie, chérie regarde, bébé est lààààà ! »

Je pose le bébé sur le ventre de la mère, qui crie immédiatement. Le père met ses mains derrière sa tête et crie « OH MAIS C'EST INCROYABLE ! OH MON DIEU TU ES LA ! CHERIE REGARDE, IL EST LA ! NOTRE BEBE EST LA ! »

Bébé est calme, il regarde tranquillement sur le coté. Les parents versent leurs larmes, s'embrassent et embrassent leur nouveau-né.

 

Monsieur me regarde et me dit « J'ai eu peur vous savez. »

 

 

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samedi 18 août 2018

A la croisée des mondes

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Je me demanderais sans doute encore longtemps comment cette femme peut dormir à coté de son mari ronflant tellement fort qu'il a réveillé son nouveau-né.

 

Et cette femme qui est venue aux urgences gynécologiques la nuit du 1er avril car sa mycose l'empêchait de dormir.

 

Et celle qui se baladait dans les couloirs en peignoir rose bonbon à fleurs jaunes car c'est « beaucoup plus confortable que tous les autres vêtements que j'ai ramené ».

 

Et ce papa qui est rentré dans la mauvaise salle d'accouchement.

 

Et cette femme enceinte qui, mécontente de la réponse de SOS médecins, est venue consulter en urgence, car elle avait saigné du nez chez elle.

 

Et ce papa qui dormait sur le fauteuil dans la chambre de sa femme qui venait d'accoucher, avec son aîné endormi sur les genoux.

 

Et cette maman qui apprend qu'elle attend des triplés et dont la première exclamation est « Mais, on a qu'une voiture 4 places ! ».

 

Et ce couple qui appelle l'équipe paniqué car le premier caca de leur fils est noir et gluant.

 

Et cette maman qui répète à son bébé quand je le pique pour un bilan sanguin « Oh mais oui qu'elle est méchante cette femme. Oui méchante femme, méchante, méchante ! ».

 

Et celle qui, le jour de sa sortie de la maternité, me donne rendez-vous dans 1 an et demi.

 

Et cet appel au futur père quand il apprend que sa femme est sur le point d'accoucher et qu'il faut venir : « Vous pensez que j'ai le temps d'aller chercher le pain ? »

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