En France, en 2015, il y a eu 569 000 naissances et environ 200 000 IVG. Bien sur, le métier de sage-femme ne peut pas se résumer à ces chiffres car, comme vous le savez peut-être, les sages-femmes s'occupent aussi des suites de naissance, du suivi gynécologique des femmes sans pathologie, des urgences gynécologiques et obstétricales, des grossesses à haut risque, de la procréation médicalement assistée, de la plannification familiale, des interventions de prévention dans les établissements scolaires, de la protection maternelle et infantile (PMI), de la rééducation du périnée et peuvent aussi faire des échographies, de la sophrologie, de l'hypnose, du yoga périnatal, de la sexologie,...

 

Nous sommes 21 632 sages-femmes en France en 2015 dont 3 811 exerçants en libéral en cabinet individuel ou de groupe. (source: http://solutionsmedicales.fr/s-installer-en-liberal/la-carte-de-france-des-sages-femmes-liberales)

Ca ne paraît pas énorme, et pourtant...

Les grèves n'ont rien changé : on galère toujours autant à être reconnus par l'Etat et par les femmes comme leur premier recours à la gynécologie. Et le système hospitalier français est toujours autant à bout de souffle.

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Les embauches? Faites-moi rire. Je n'ai peut-être pas encore le recul nécessaire pour comprendre toutes les subtilités des embauches, m'enfin j'ai saisi qu'il y a avait un léger soucis. Quand on m'a proposé mon premier CDD en sortant de l'école (effectivement, c'est plutôt chouette d'avoir directement un travail), on m'a proposé un CDD de 2 mois dans un hôpital que je convoitais. Au bout des 2 mois et après m'avoir fait mariné pendant ce temps, on m'a fait signer un CDD de 3 mois. De quoi je me plains? De ce statut précaire et sur-exploité : après 5 mois dans l'établissement et 112 heures supplémentaires, aucune annonce concernant la suite de mon statut n'a pu être faite. J'ai décidé d'annoncer que je partais pour d'autres contrées. Quitte à galérer, autant que ça soit au soleil et dans un cadre de vie qui me convienne mieux.

Pour le coup, partir n'est pas non plus facile : après 5 mois de CDD, je n'ai pas eu droit au chomage. Quoi?! Personne ne vous a prévenu de la façon dont le système hospitalier français fonctionne avec ses contractuels qui arrêtent de leur propre chef de travailler à la fin de leur CDD précaire? Ben, le système public français leur permet de cocher une petite case bien pratique sur l'attestation d'employeur "rupture anticipée d'un CDD". Ben oui, enfin: "Nous, on voulait que vous restiez, on avait prévu de vous proposer un autre CDD !" Et cette toute petite case cochée vous empêche de toucher un seul centime. Moi, ça faisait 5 mois de CDD, mais ça aurait été pareil si ça avait été 2 ans. Prisonnier du système... Et ne comptez pas non plus sur la fameuse prime des 10% pour renflouer vos caisses d'employé précaire : cette prime n'existe que dans les établissements privés.

Et puis j'ai découvert l'extrême précarité des contractuels sages-femmes : de 2 mois de CDD, je suis passée à 3 semaines. Puis à 15 jours. Les renouvellements ne sont possibles car les établissements n'ont pas le budget pour embaucher. Les employés croulent sous les heures supplémentaires, non payées et non rattrapables du fait de l'intense activité. On rit presque de ma naïveté quand je demande "mais, en combien de temps tu as été stagiairisée ?", "Pff je suis là depuis plus de 2 ans et on me fait encore signer des CDD de 1 mois !"

Alors c'est ça l'avenir?

Oui, les sages-femmes auront toujours du travail. Oui, il y a des naissances.

Non, l'hôpital n'embauche pas. Non, la solution n'est pas l'activité libérale car les femmes sont encore peu nombreuses à venir consulter les sages-femmes en ville.

Alors c'est quoi l'avenir?

Des CDD à répétition, des périodes d'inactivité, l'attente de voir des ex-futurs-collègues partir à la retraite/en congé maternité/en arrêt maladie. On en vient à souhaiter qu'une collègue craque et nous laisse sa place. La réalité c'est ça : nous sommes des pions.

Alors aujourd'hui je suis triste. Parce que j'aime mon métier mais que je ne peux pas l'exercer. J'aime mon métier et il n'y a pas de contrat disponible. Je suis amer envers notre société qui forme des sages-femmes mais qui ne fait rien pour elles/eux après leur diplôme. Je suis frustrée de constater que personne ne peut et/ou ne veut rien faire.

 

Si j'ai écris cet article, c'est pour vous montrer que tout n'est pas si facile. Si aujourd'hui, les contrats à répétition me conviennent, c'est parce qu'ils me laissent du temps libre pour visiter l'île que j'ai choisis. Pourtant, je n'en reste pas moins stressée quand ils arrivent à leur fin et que je ne sais pas jusqu'à quand je n'aurais pas de travail. J'ai peur pour mon avenir et j'ai peur qu'à 30 ans, je sois encore à jongler avec les CDD.

 

(J'ai écris cet article il y a un an, la situation est sensiblement la même aujourd'hui. Même si personnellement, un de mes CDD a abouti à un contrat à durée indéterminé au bout de 7 mois, je pense que toutes les sages-femmes n'ont pas forcément cette chance.)