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Photo: Exposition "Picasso et la maternité" jusqu'au 11 octobre 2017 à l'Hôtel-Dieu au Puy-en-Velay https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/expos/picasso-et-la-maternite-symbiose-entre-la-vie-de-l-homme-et-de-l-artiste-259477

 

On a un métier passionnant je ne peux pas le nier, être du coté de la vie dans un métier médical, c'est une vraie chance et j'en suis bien consciente. Quand on me dit que je fais « le plus beau métier du monde », je me remémore toujours des images affreuses pour réfuter cette idée.

 

Aujourd'hui j'ai aidé à l'accouchement d'une patiente de 20 ans dont toute la grossesse se passe comme prévu.

Attendant leur 1er enfant, le couple a fait les choses dans l'ordre et avec soin : suivi régulier, préparation à la naissance et échographies régulières sans particularité. Elle arrive cette nuit avec son conjoint et sa propre mère car elle a de fortes contractions douloureuses.

Madame est à dilatation complète, elle est sur le point d'accoucher.

 

Oui mais voilà, madame est à 6 mois de grossesse. Comme on est dans une « petite » maternité, le service de néonatalogie n'est pas habilité à s'occuper des aussi grands prématurés. Aussi, on ne peut pas la transférer car Madame va accoucher dans les minutes qui arrivent. Ma collègue sage-femme et moi-même réveillons en urgence toute l'équipe : le pédiatre d'astreinte à domicile, l'anesthésiste de garde et le gynécologue de garde. On prépare rapidement le matériel réanimatoire de l'enfant : à ce terme, on sait qu'il va certainement falloir le réanimer.

 

Oui mais voilà, on cherche pendant d'interminables minutes et on n'entend pas le cœur du fœtus au monitoring.

Alors je rappelle en urgence le gynécologue pour qu'il vienne faire une échographie pendant qu'on continue à préparer le matériel d'accouchement et pose sa voie veineuse.

Le cœur du fœtus ne bat plus.

Il est mort.

 

Le stress d'une réanimation néonatale retombe, l'annonce du décès in-utero est difficile. Le couple pleure et j'ai la gorge sérrée. C'est la deuxième fois que cette situation se présente à moi en une semaine.

La suite, on en parle peu souvent : les obsèques, l'examen du corps inanimé, l'accouchement, les saignements, la présentation de l'enfant aux parents, les analyses médicales, parfois l'autopsie du corps, l'inscription possible sur le livret de famille, le congé maternité,...

On parle encore moins des émotions des soignants. Parce qu'il faut tenir bon face aux parents endeuillés, montrer qu'on est des soignants « habitués » et forts, dignes de confiance. On pense que le moindre signe d'émotions ou de faiblesse serait perçu comme irrespectueux face à leur chagrin ou de culpabilité face à la situation.

 

 

Hier, j'ai aidé à accoucher une très bonne amie à moi. Un couple que j'adore et qui m'a choisi pour être leur sage-femme, notamment pour le jour de l'accouchement. J'ai fait leur suivi de grossesse, mois par mois, avec enthousiasme et impatience.

Le travail a été plutôt rapide, sans péridurale, mon amie a été d'une force incroyable et le couple a tenu le choc des contractions et des 35 minutes d'effort de poussée avec brio.

L'accouchement s'est fait sans problème, c'est un petit garçon merveilleux en pleine santé.

Le couple est aux anges, accueille leur premier enfant avec tendresse et amour et semble voir l'avenir avec bonheur.

 

Et leur joie est si intense que je verse ma larme avec eux, en riant et pensant que je fais le plus beau métier du monde.