SWM_Cv4_open_order_varHEADER

Parfois, je suis super fière du boulot que j'arrive à faire. Je me dis que j'ai fais les choses dans l'ordre et que mes impressions cliniques sont bonnes. Se faire confiance me paraît être la clé d'un travail bien fait.

 

Cela fait plus de 12h qu'elle est en travail, plus de 12h qu'elle est sous péridurale. Ils attendent leur premier enfant. Le début du travail a été très long aussi et on a fini par lui poser une péridurale un peu plus tôt que d'habitude pour la soulager de ses douleurs qu'elle ne supportait plus.

J'arrive à 6h45, cela fait 2h qu'elle est à 8 cms. La tête de bébé regarde vers le haut et n'est pas très bien fléchie.

Le gynécologue du jour est informé de la situation et me dit « Allez, hein, j'espère que tu y crois toi parce que c'est pas gagné cette histoire ! ».

 

Elle est sous perfusion de syntocinon pour faire avancer les choses, on se donne encore du temps avant de décider quoi que ce soit.

 

Péniblement, elle est à dilatation complète, et même si bébé est encore haut, j'ai l'impression qu'il s'est tourné ! Mais le bébé commence à fatiguer et je vais certainement devoir m'installer pour l'accouchement sans trop attendre sa descente dans le bassin...

 

Avant que le gynécologue de garde parte en césarienne programmée, je lui transmets mes impressions. Je lui demande si il préfère que je m'installe tout de suite au risque de devoir l'appeler pour une extraction pendant sa césarienne ou si j'essaie de patienter...

« Non non vas-y, commence à la faire pousser, au pire je suis là pour l'extraction dans 20 minutes ! »

 

On s'installe pour l'accouchement, le couple est prévenu : malgré toute la fatigue accumulée, il va falloir tout donner.

Elle pousse très bien mais c'est un premier bébé et ça met du temps. Finalement, je trouve que le rythme cardiaque fœtal est plutôt satisfaisant et elle continue à pousser 20 minutes après le top départ des poussées, sans que j'appelle le gynéco.

L'aide-soignante me dit entre deux contractions : « Le gynéco est devant la porte si t'as besoin ».

Pas besoin.

La tête est au petit couronnement.

Encore une dernière grande poussée et ça peut être bon.

Le gynécologue entre dans la salle d'accouchement, la tête est en train de sortir, puis les épaules, je pose l'enfant sur le ventre de sa mère. Le gynéco me tapote l'épaule en me disant « Bien joué, t'as géré ». Et il ressort.

 

 

Et parfois, j'oublie de faire confiance à la clinique et je me persuade que ça se déroule normalement. Je fais taire cette petite voix intérieure qui me dit que quelque chose cloche.

 

Ils attendent leur premier enfant. La patiente est la cousine d'une collègue que j'adore. Le travail est long, sous péridurale. Après une légère stagnation à 6 cms, le col se dilate régulièrement pour arriver à dilatation complète à la fin de ma garde. Le rythme cardiaque fœtal fait quelques anomalies mais ça ne me semble pas pathologique.

On s'installe pour l'accouchement, ma collègue assiste également à celui-ci. Avec tous ces observateurs, je sens quand même bien le poids de la pression pour que tout se déroule bien.

Elle pousse très bien mais c'est long. Très long.

Au bout de 30 minutes d'efforts expulsifs, je la préviens que j'attends la prochaine poussée avant d'appeler le gynéco pour qu'il vienne l'aider à accoucher.

Elle pousse tellement bien à la poussée suivante que le bébé est presque là !

La tête arrive mais je sens qu'elle est retenue vers l'intérieur, je jette un regard vers ma collègue et lui dit de se préparer à faire un Mac-roberts (mettre les genoux de la patiente au plus proche de sa poitrine pour faciliter la sortie des épaules de l'enfant).

Ça ne manque pas, la tête est comme aspirée à sa sortie et les épaules sont loin derrière. Une fois que les jambes de la patiente sont bien placées, je montre à ma collègue où appuyer fortement sur la patiente pour dégager les épaules.

Cela fonctionne.

Bébé naît et crie environ 30 secondes après sa naissance.

L'émotion prend place dans la pièce.

Ma collègue me chuchote MERCI et tout le monde pousse un soupir de soulagement.

Le placenta commence à sortir, une membrane se bloque à l'intérieur, je mets une pince pour la tirer doucement. Il y a une résistance. J'appuie un peu sur le fond de l'utérus et ma pince ne sort qu'un petit bout de membrane. Je suis étonnée de ne pas avoir sortir plus de « matière », j'examine le placenta et j'ai un doute sur une petite partie des membranes.

Mais elle ne saigne pas, son utérus est bien tonique.

Et elle a déjà eu un travail hyper long et une dystocie des épaules, statistiquement, elle ne peut pas avoir aussi une rétention membranaire ! Ma collègue me dit à nouveau merci et je me mets à recoudre sa cousine en me persuadant que tout est normal.

En commençant mes papiers dans le bureau, le gynécologue s’assoit à coté de moi et me demande comment ça s'est passé. Je lui dis avoir eu un petit doute sur un bout de membrane. Il me dit que je ne dois avoir aucun doute là dessus.

Que si j'ai un doute, il faut faire une révision utérine d'emblée (mettre sa main à l'intérieur de l'utérus pour enlever des possibles morceaux restants de placenta). Que cette patiente est sous péridurale donc il faut y aller.

Alors, on part faire une révision utérine.

Je préviens la patiente, devant ma collègue, du geste que l'on va faire car j'ai eu un doute au moment de la délivrance.

On remet de l'anesthésie péridurale.

J'ai honte.

 

Il y avait effectivement des membranes encore à l'intérieur.

 

 

 

PS : J'ai honte mais j'écris mon « erreur » ici parce qu'on ne m'y reprendra plus. Et je préfère avoir honte que d'apprendre que cette patiente a saigné la rage plus tard.